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A
partir de 1994, j’entrepris un travail sur le paysage. Cette
nouvelle direction correspondait à ma décision de vivre à
Marseille. Fasciné par la lumière, le relief et la singularité
des nuages, ce nouveau panorama me parut d’emblée familier. Né à
Buenos Aires, j’ai parcouru dès mon enfance, les étendues de la
Patagonie et des côtes brésiliennes. La brutale transition
chromatique des soleils couchants, la force des éléments,
l’affirmation de l’immensité, me révèlent une part archaïque de
mon être. Dans le dialogue qui s’échange avec le paysage, une
sensation de plénitude m’envahit. Je transcris cet
émerveillement. La surface de l’eau ou de la terre, la ligne
d’horizon et le ciel sont les motifs récurrents. Aucun indice ne
permet d’apprécier précisément l’échelle. La perspective semble
parfois vertigineuse. Le regard est sollicité par diverses
profondeurs de champ qui sont autant, les manifestations du
temps arrêté et de l’espace infini. Cette immobilité apparente
réalise les mouvements de l’esprit en phase avec le spectacle du
monde.
P a y s a g e U r b a i n
Des villes idéales de la Renaissance aux
images satellites de nos villes contemporaines, le paysage
urbain est un des sujets commun aux arts, aux sciences humaines
et à la métaphysique.
Peindre le paysage, refléter ce monde qui nous entoure, c’est
peindre ce que je vois et ce que je ne vois pas, ce qui est et
ce qui n’est pas. Percevoir ce magma : immeubles, rues, ponts,
autoroutes, espaces verts, monuments, lumières. Croûte en
strates dentelées qui recouvre la peau de la terre.
Transcrire cette émotion d’être là, devant, dedans.
La beauté inquiétante de ce panorama questionne ma vision du
monde citadin. Cette perspective infinie me renvoie à une
échelle planétaire.
La ville, greffée dans la topographie originelle, est l'œuvre et
le théâtre de l’homme, de ses drames et de ses joies
quotidiennes.
Territoire où la nature ne peut plus nous aider, concentré de
pression sociale, où le pire et le meilleur sont présents.
Substitut du paradis de tous les possibles.
La peinture saisit les mouvements de mon âme face au spectacle
du monde.
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